The Press Junction.
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12 mai 2026

Norvège : la fonte des glaces révèle un immense piège à rennes vieux de 1 500 ans

©Thomas Lipke via Unsplash

Le dégel en Norvège continue de faire ressurgir des fragments surprenants du passé. Cette fois, dans les montagnes de l’ouest du pays, le retrait des glaces a mis au jour une imposante structure de chasse aux rennes datant d’environ 1 500 ans, demeurée cachée et protégée par le froid pendant plus de quinze siècles. Une découverte qui fascine les archéologues, mais qui soulève de troublantes questions sur l’accélération du changement climatique.

Cette découverte dans les montagnes d’Aurland raconte comment les communautés de l’âge du Fer pratiquaient la chasse au renne au moyen de techniques organisées, de structures complexes et avec un soin surprenant porté aux détails matériels.

Le site se trouve sur les hauts plateaux d’Aurland, au cœur des montagnes de la Norvège occidentale, à plus de 1 400 mètres d’altitude. Là, la fonte de la glace a fait apparaître des centaines de troncs et de branches de bouleau travaillés, disposés de manière à former deux longues barrières convergentes. Celles-ci guidaient les troupeaux de rennes sauvages vers un vaste enclos final. Une véritable “machine de chasse” collective, conçue pour canaliser les animaux dans un espace restreint où ils étaient abattus à la lance et à la flèche.

La découverte a commencé presque par hasard, lorsqu’un randonneur local a remarqué d’étranges vestige de bois affleurer à côté d’une plaque de neige persistante. C’est alors qu’ont démarré les interventions de l’équipe d’archéologues du Musée universitaire de Bergen et des autorités du comté de Vestland, qui se sont retrouvées face à l’un des plus grands systèmes de capture en bois jamais documentés en Europe.

Un système de chasse pré-viking

Les analyses indiquent que la structure remonte au milieu du VIe siècle apr. J.-C., donc à une période antérieure à l’époque viking. À proximité de l’enclos, des amas de bois de renne présentant des traces évidentes de découpe ont été mis au jour, preuve irréfutable d’un abattage réalisé directement sur place. Ce détail suggère une chasse intensive et planifiée, fondamentale pour l’économie des vallées environnantes comme Aurland et Lærdal.

À côté des structures principales, le dégel a également livré un petit mais précieux ensemble de vestiges : des pointes de lance en fer, des fûts de flèches, des fragments d’arcs en bois et des objets personnels liés à l’activité de chasse. Parmi eux se distingue une broche à vêtement taillée dans un bois de renne, sculptée en forme de petite hache, probablement perdue par un chasseur au cours des opérations. Un objet que les archéologues qualifient d’exceptionnel, car il se serait difficilement conservé dans des conditions ordinaires.

Plus énigmatique encore : la découverte d’une rame en bois de pin décorée, retrouvée parmi les troncs, loin des fjords. Sa présence en haute montagne reste sans explication définitive et ouvre de nouvelles hypothèses sur la valeur symbolique ou rituelle de certains objets utilisés pendant la chasse.

Du froid protecteur au réchauffement climatique

La conservation exceptionnelle du site est liée à un ancien changement climatique. Après son utilisation, la zone est entrée dans une phase de refroidissement qui a conduit à un enneigement et un englacement durables de la structure, la rendant inutilisable mais la préservant dans un environnement idéal, froid et humide. Aujourd’hui, paradoxalement, c’est le réchauffement climatique qui la fait réapparaître, tout en menaçant sa survie.

Une fois exposé à l’air et au soleil, le bois ancien commence à se détériorer rapidement. Pour cette raison, les vestiges les plus fragiles ont été transférés dans les congélateurs du musée de Bergen, où ils seront lentement séchés et traités afin d’éviter leur décomposition, tandis que les objets métalliques feront l’objet d’interventions spécifiques contre la corrosion.

Une découverte qui enrichit la science et lance un signal d’alarme clair

Cette trouvaille s’inscrit dans une longue série de découvertes liées au dégel en Norvège, qui, ces dernières années, a fait apparaître skis, sandales, outils et objets d’époque romaine et viking. Chaque été devient une course contre la montre pour documenter ce qui émerge avant que cela ne disparaisse

Dans le même temps, cette trouvaille aide à mieux comprendre la relation millénaire entre les populations humaines et les rennes, un lien aujourd’hui mis à rude épreuve par la fragmentation des habitats et par l’augmentation des activités humaines en montagne. Ce qui a été protégé par la glace pendant des siècles ne survit désormais que grâce à la rapidité des archéologues, tandis que la glace que l’on croyait éternelle continue de reculer.

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