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Les pharmacies de ville absorbent le poids de cette crise de façon silencieuse mais croissante. Aujourd’hui, un pharmacien consacre en moyenne 12 heures par semaine à la gestion des ruptures : trouver des alternatives, contacter les médecins prescripteurs, accompagner les patients, prévenir les erreurs, traiter les démarches administratives. C’est deux fois plus qu’il y a seulement cinq ans.
81 % des pays signalent une augmentation des charges administratives et des pertes économiques liées à ce travail supplémentaire, qui n’est ni reconnu ni rémunéré.
La résilience ne peut pas reposer sur les professionnels de première ligne qui compensent des défaillances systémiques.
Les causes sont multiples et imbriquées. L’Europe dépend fortement de pays hors UE, en particulier la Chine et l’Inde, pour la production de principes actifs et de matières premières pharmaceutiques. Toute interruption des chaînes d’approvisionnement mondiales se répercute immédiatement sur la disponibilité des médicaments.
À cela s’ajoute un problème économique : les coûts de production ont grimpé (énergie, transports), mais les prix de vente de nombreux médicaments génériques restent bloqués, voire en baisse. Produire certains médicaments essentiels est tout simplement devenu peu rentable, et certains laboratoires les abandonnent.
Il existe aussi le phénomène du commerce parallèle : les médicaments sont achetés là où ils coûtent moins cher – comme en Italie – puis revendus sur des marchés où les prix sont plus élevés, ce qui détourne des stocks du marché national.
Parmi les priorités figurent le renforcement de la production européenne de médicaments essentiels, la mise en place de systèmes d’alerte précoce capables d’anticiper les pénuries, l’extension du rôle légal des pharmaciens dans la gestion des substitutions thérapeutiques (aujourd’hui possible dans seulement 15 % des pays), ainsi que la reconnaissance financière du travail supplémentaire déjà pris en charge par les pharmacies.
En d’autres termes, la pénurie de médicaments n’est pas un problème technique à déléguer aux seuls laboratoires pharmaceutiques. C’est un enjeu de santé publique, d’équité et de confiance collective dans le système de santé. Et c’est à ce titre qu’il doit être traité, avec urgence et dans le cadre d’une coordination européenne.
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