The Press Junction.
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12 mai 2026

Pollution invisible: de la cocaïne trouvée dans 100 % des crevettes d’eau douce des rivières anglaises

©Matt Cornwell via Unsplash

Dans les rivières du Suffolk, dans l’est de l’Angleterre, il coule bien plus que de l’eau claire. Une équipe de chercheurs du King’s College London et de l’Université du Suffolk a fait une découverte qui a laissé la communauté scientifique sans voix : 100 % des crevettes d’eau douce analysées contenaient des traces de cocaïne.

L’étude, publiée dans la revue scientifique Environment International, a porté sur des spécimens de Gammarus pulex prélevés sur 15 sites répartis dans cinq bassins versants du comté. Il ne s’agit ni d’un accident isolé ni d’un simple lot contaminé : la présence de la substance s’est révélée systématique.

Drogues, médicaments et pesticides : un cocktail invisible

La cocaïne n’était pas le seul contaminant. Les petits crustacés présentaient aussi des traces de kétamine, de médicaments anxiolytiques comme le diazépam et l’alprazolam, ainsi que des pesticides interdits depuis des années au Royaume-Uni. Un ensemble de micropolluants chimiques qui atteignent les rivières principalement via les eaux usées domestiques.

Les systèmes de traitement des eaux usées, expliquent les chercheurs, ne sont pas conçus pour éliminer totalement ces molécules. Ainsi, des résidus de drogues récréatives, de médicaments et de substances chimiques agricoles finissent dans les cours d’eau et s’accumulent dans la faune sauvage. Les concentrations mesurées sont faibles, mais c’est leur présence généralisée qui inquiète. Il ne s’agit pas d’un seul polluant, mais d’un mélange constant de produits chimiques qui interagissent entre eux.

Des effets à long terme encore inconnus

Les experts soulignent que, si l’impact immédiat peut être limité, des questions cruciales subsistent quant aux effets chroniques. Des modifications du comportement, de la reproduction et de la physiologie des animaux aquatiques sont autant de conséquences plausibles lorsque l’exposition est continue. Ce qui a particulièrement surpris les chercheurs, c’est la découverte de ces substances dans des zones considérées comme rurales, loin des grands centres urbains. Si la présence de drogues illicites pouvait sembler prévisible dans des métropoles comme Londres, en trouver dans de plus petits bassins soulève des interrogations sur l’ampleur réelle du phénomène.

Une pollution qui ne se voit pas

Le débat environnemental se concentre souvent sur les microplastiques et le changement climatique. Cette étude met toutefois en lumière une autre urgence : la pollution chimique invisible. Elle ne flotte pas en surface et ne se remarque pas à l’œil nu, mais elle s’infiltre dans les écosystèmes avec des effets potentiellement durables. Car si de minuscules crustacés peuvent servir d’indicateurs de la présence de drogues dans les rivières, cela signifie que notre empreinte chimique est bien plus profonde qu’on ne l’imagine.

Source : King’s College London / Environment International

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