"Si quelqu’un pense à nouveau ici que l’Union européenne, ou l’Europe dans son ensemble, peut se défendre sans les États‑Unis, continuez à rêver", a lancé le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, lors d’une intervention au Parlement européen cette semaine.
Les propos de Rutte tranchent nettement avec ceux du président finlandais Alexander Stubb, qui affirmait la semaine dernière que les pays européens pouvaient "sans équivoque" assurer eux‑mêmes leur défense.
Les États‑Unis sont de très loin le membre le plus influent de l’OTAN et soutiennent l’Europe depuis longtemps en fournissant à l’Alliance nombre de ses capacités militaires les plus coûteuses, comme les moyens spatiaux et le renseignement.
Mais l’Europe a été brutalement tirée de décennies de dépendance vis‑à‑vis de Washington par le retour du président Donald Trump à la Maison-Blanche et par le mépris affiché de son administration pour ce qu’elle qualifie en privé de "passagers clandestins". Affolés, les membres canadiens et européens de l’OTAN se précipitent pour augmenter leurs budgets militaires et renforcer rapidement leurs propres capacités, également poussés par l’inquiétude suscitée par la Russie. "Nous avons besoin les uns des autres", a déclaré Rutte.
Le secrétaire général de l’OTAN, dont les flatteries à l’égard de Trump ont fait sourciller certains en Europe, a insisté sur le fait que le continent devrait consacrer bien davantage à la défense que ce que prévoient actuellement les engagements, si les pays européens souhaitent se doter de leur propre arsenal nucléaire de poids.
"Oubliez l’idée que vous y arriverez avec 5 %. Ce sera 10 %", a affirmé l’ancien Premier ministre néerlandais.
L’OTAN s’est engagée, lors de son sommet l’an dernier à La Haye, à consacrer 5 % du produit intérieur brut (PIB) à la défense et aux investissements connexes d’ici à 2035, soit un bond considérable par rapport au précédent objectif de 2 %, que de nombreux pays de l’OTAN peinaient déjà à atteindre depuis des années.
"Il faut développer votre propre capacité nucléaire, qui coûte des milliards et des milliards d’euros", a déclaré Rutte.
Neuf États dans le monde possèdent l’arme nucléaire. Au sein de l’OTAN, les États‑Unis, le Royaume‑Uni et la France disposent de leurs propres armes nucléaires.
À eux deux, les États‑Unis et la Russie contrôlent environ 90 % des armes nucléaires mondiales. Les arsenaux britannique et français sont bien plus modestes, et des questions demeurent sur la manière dont ils pourraient être utilisés pour défendre l’OTAN.
L’arsenal nucléaire américain, ainsi que ses forces conventionnelles, constitue l’une des pierres angulaires de la dissuasion de l’OTAN. En vertu de l’article 5 de l’Alliance, tous les membres sont tenus de venir à la défense de tout autre État de l’OTAN attaqué, en y répondant selon les modalités qu’ils jugent appropriées.
Livrée à elle‑même, l’Europe "perdrait le garant ultime de notre liberté, à savoir le parapluie nucléaire américain. Alors bon courage", a lancé Rutte.
La volonté accrue de l’administration Trump d’exercer un contrôle américain sur le Groenland, territoire semi‑autonome du Danemark, a jeté le doute sur la valeur de l’article 5. L’idée que le principal acteur de l’Alliance puisse déclencher une attaque militaire contre un autre membre pour s’emparer d’un territoire était jusqu’alors inimaginable et sapait le fondement même de la création de l’OTAN.
Trump, qui s’exprimait en Suisse la semaine dernière, a semblé écarter le recours à la force militaire pour s’emparer du Groenland — ce qui aurait constitué une grave violation du droit international. Pendant des semaines, son administration avait refusé d’exclure cette option.
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