The Press Junction.
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12 mai 2026

Pour ne pas oublier le génocide d’Amritsar : les atrocités du colonialisme en Inde passées sous silence

©Kit Suman via Unsplash

Il y a exactement 107 ans, se déroulait un génocide, l’un de ces massacres oubliés dont personne ne parle : l’armée britannique ouvrait le feu sur une foule sans défense, piégée dans un jardin clos. Nous étions en 1919, en plein colonialisme anglais en Inde, dans la ville d’Amritsar, dans l’actuel État indien du Pendjab.

Tout commence le 10 avril 1919 : une foule de milliers de civils indiens (hommes, femmes et enfants) s’était rassemblée à Jallianwala Bagh, un jardin public entouré de murs, pour protester pacifiquement contre les lois répressives imposées par les Britanniques (telles que le Rowlatt Act, qui permettait l’incarcération sans procès).

Le général britannique Reginald Dyer, sans aucun avertissement et sans laisser à la foule la moindre possibilité de se disperser, ordonna à ses soldats de tirer directement sur les civils. En une dizaine de minutes, plus de 1 600 coups de feu furent tirés. Les estimations officielles britanniques firent état de 379 morts, mais les chiffres réels pourraient dépasser les 1 000 victimes, sans compter les nombreux blessés.

Des centaines de personnes sont tuées, 1000 autres sont blessées, sans possibilité de recevoir de l’aide à cause du couvre-feu. Un acte de violence que l’on peut qualifier de véritable génocide.

Tout cela est relaté dans un livre de Kim A. Wagner qui décrit l’épisode comme “l’un des épisodes les plus célèbres de la boucherie impériale”. Un épisode tristement célèbre mais dont, en réalité, personne ne parle, ajouterons-nous.

Amritsar fut un massacre colonial prémédité et sanglant, qui demeure encore aujourd’hui une source de tensions historiques entre l’Inde et le Royaume-Uni. Ses implications morales et historiques sont celles d’un génocide idéologique.

Un massacre puni ? Absolument pas. La Chambre des communes condamne le geste, mais la Chambre des lords salue en Reginald Dyer le bon soldat, déjà conforté par un télégramme qui disait : “Votre action est correcte et le lieutenant-gouverneur l’approuve.” Il approuve des centaines de morts, dont on ignore encore les noms et les identités.

Le Royaume-Uni a soumis le sous-continent indien du XVIIe au XXe siècle. Oui, au XXe siècle, car l’indépendance n’a été accordée qu’en 1947, grâce aux campagnes non violentes de Gandhi. Ce n’est qu’alors que, sur les territoires occupés par ce qu’on appelait le Raj britannique, naquirent les États actuels de l’Inde, de la Birmanie et du Pakistan (lui-même divisé après l’indépendance du Bangladesh, en 1971).

Des territoires que le pays ne voulait absolument pas abandonner : on y trouvait en effet plus de 75 % de la population totale de l’empire et, surtout, s’y concentraient les principales exportations de matières premières. Un trésor à défendre au prix de la vie. De celle des autres.

Et l’histoire de l’humanité, hélas, est ponctuée, pour ne pas dire encerclée, d’"épisodes" comme celui d’Amritsar. Des atrocités de ce genre se produisent encore aujourd’hui, comme en Birmanie, où vivent les Rohingyas, l’une des minorités les plus persécutées au monde. Il y a 5 ans, des enfants y ont même été décapités, sous les yeux de tous, délibérément fermés.

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