The Press Junction.
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12 mai 2026

Pourquoi le Japon suspend la remise en service de la plus grande centrale nucléaire du monde?

©Unsplash

Le Japon venait tout juste de rallumer une lumière qui semblait être restée éteinte bien trop longtemps. Et pourtant, en l’espace d’une seule journée, cette lumière s’est de nouveau affaiblie.

Le redémarrage de la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa, la plus grande au monde en termes de capacité potentielle, a été suspendu presque immédiatement, faisant remonter à la surface des craintes jamais vraiment apaisées et des questions qui, des années après Fukushima, continuent de peser.

La centrale se trouve dans la préfecture de Niigata, face à la mer du Japon. Elle était à l’arrêt depuis 2011, depuis que la catastrophe de Fukushima avait changé à jamais le rapport du pays à l’énergie atomique. Après plus de quatorze ans, la remise en service de l’un des réacteurs avait été présentée comme une étape à la fois symbolique et stratégique. Mais la réalité, une fois de plus, s’est révélée plus fragile que les intentions.

Le redémarrage concernait le réacteur numéro six. Tout semblait se dérouler conformément aux protocoles, déjà ralentis par une précédente alerte technique qui avait repoussé l’allumage d’une journée. Puis, en pleine nuit, vers 00 h 28, un nouveau signal d’alerte est venu interrompre les opérations. Une alarme s’est déclenchée alors qu’on intervenait sur les barres de contrôle, le système qui régule la réaction nucléaire et qui, plus que tout autre, incarne la mince ligne de séparation entre fonctionnement et arrêt.

L’installation est exploitée par la Tokyo Electric Power Company, la même société qui porte encore le poids de Fukushima. Les techniciens ont tenté des vérifications immédiates, en intervenant également sur certains composants électriques du panneau de contrôle. Mais lorsqu’il est apparu clairement qu’il ne s’agissait pas d’un dysfonctionnement résolvable en quelques heures, la décision la plus prudente a été prise : réinsérer complètement les barres et tout stopper.

Le message officiel se veut rassurant. Le réacteur est stable, il n’y a pas eu d’émissions radioactives, il n’existe aucun risque pour l’extérieur. Et pourtant, l’enjeu n’est pas seulement technique. Il est émotionnel, politique, social. C’est cette impression diffuse qui resurgit chaque fois que le nucléaire japonais tente de se remettre en marche.

Le Japon ne dispose pas de nombreuses ressources naturelles. Il dépend des importations, brûle encore trop de charbon et de gaz, et considère le nucléaire comme un raccourci incontournable pour réduire les émissions et atteindre la neutralité climatique d’ici 2050. Dans un pays où la demande d’énergie augmente aussi sous l’effet de l’essor de l’intelligence artificielle et des data centers, Kashiwazaki-Kariwa n’est pas qu’une centrale : c’est une promesse.

Mais c’est une promesse fragile. Parce que cette installation est la première exploitée par Tepco à tenter un redémarrage après 2011. Et parce qu’elle se trouve dans une zone sismique, durement frappée par le séisme de 2007. Autant de détails qui, sur le papier, sont connus et abordés avec des normes de sécurité toujours plus strictes. Dans la perception de la population, pourtant, ces blessures restent ouvertes.

Ce nouveau coup d’arrêt n’est ni un accident, ni une catastrophe. C’est quelque chose de plus subtil, mais peut-être de plus significatif. C’est le signe de la difficulté, encore aujourd’hui, à reconstruire un rapport de confiance entre technologie, environnement et société. Chaque alerte, même lorsqu’elle est gérée correctement, réactive une peur collective qui, au Japon, n’a jamais vraiment disparu.

 

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