The Press Junction.
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12 mai 2026

Pourquoi les femmes ont moins de désir que les hommes ? Les scientifiques ont désormais une réponse

©Vitaly Gariev via Unsplash

S’appuyant sur plus de 300 études scientifiques, des chercheurs ont déboulonné un mythe de longue date sur le désir féminin.

Les femmes auraient moins de désir se.xuel, à cause des hormones, de l’évolution, etc. : c’est ce qu’on raconte. Mais de nouveaux travaux tordent le cou à ce mythe tenace et avancent, au contraire, que les premières expériences sexuelles négatives jouent un rôle clé dans l’intérêt que portent les femmes au se.xe plus tard dans leur vie.

Menée par des psychologues de l’Université de Toronto à Mississauga (UTM), au Canada, l’étude s’intéresse aux raisons pour lesquelles un "écart de libido" apparaît entre hommes et femmes à l’âge adulte.

En s’appuyant sur plus de 300 études issues de la psychologie, de la santé publique et de disciplines connexes, les chercheurs concluent que les différences de désir s’expliquent davantage par l’apprentissage et l’expérience que par les hormones ou des différences innées entre les se.xes.

“Nos résultats, de manière générale, suggèrent que les problèmes de désir sexuel rencontrés par près de 55 % des femmes pourraient remonter à leurs toutes premières expériences se.xuelles, souvent marquées par un manque d’équité”, explique l'auteure de l’article, Diana Peragine, dans un communiqué.

Une nouvelle approche pour comprendre le désir se.xuel

Cette étude se concentre sur le début de l’âge adulte, en particulier autour de 17 et 18 ans, une période où, dans les pays occidentaux, de nombreuses personnes vivent des changements majeurs, notamment leurs premiers amours et leurs premières expériences se.xuelles.

D’après les auteurs, cette fenêtre de développement revêt une importance particulière, le cerveau présentant une grande réactivité aux nouveaux acquis, tirés de nouvelles expériences.

À partir du vaste corpus de travaux analysés, l’équipe de l’UTM a mis au point ce qu’elle appelle le modèle des "opportunités et résultats d’apprentissage biodéveloppemental". Ce modèle établit un lien entre les premières expériences se.xuelles et le niveau de désir ultérieur, suggérant que les enseignements tirés des premiers rapports peuvent façonner la libido d’une personne bien plus tard à l’âge adulte.

Plutôt que de considérer l’"écart de libido" comme une fatalité biologique, le modèle le fait remonter à ce que les chercheurs appellent un “fossé du plaisir” entre femmes et hommes au moment de leurs toutes premières expériences se.xuelles. Selon eux, ce fossé est le plus marqué précisément au moment où le cerveau est prédisposé à former des associations durables.

L’étude souligne que les jeunes femmes sont plus susceptibles d’affronter tout un faisceau d’expériences négatives lors de leurs premiers rapports. Comparativement aux hommes, elles décrivent souvent ces premiers rapports comme douloureux plutôt qu’agréables et font preuve d’une plus grande gêne vis-à-vis de leur corps. Elles sont aussi davantage exposées à des conséquences sociales, comme la perte d’amitiés.

En outre, les femmes s’exposent à plus de risques physiques lors des premiers rapports, notamment aux infections se.xuellement transmissibles, à la grossesse, à des fausses couches et des complications obstétricales. Pris ensemble, ces facteurs constituent ce que les chercheurs qualifient de "tempête parfaite" pouvant amener certaines femmes à associer le se.xe à l’inconfort, à l’anxiété ou au risque plutôt qu’au plaisir.

Les résultats suggèrent que les premières expériences se.xuelles ne sont pas seulement formatrices, mais qu’elles représentent aussi une occasion cruciale d’intervention. Les chercheurs identifient cette étape de la vie comme une fenêtre de tir où une meilleure éducation se.xuelle pourrait contribuer à réduire, sur le long terme, les disparités en matière de désir se.xuel.

Point important : l’étude estime que le faible désir se.xuel chez les femmes ne devrait pas être automatiquement traité comme un problème hormonal ou médical. En requalifiant l’écart de libido en enjeu de développement et d’éducation plutôt qu’en fatalité biologique, ces travaux proposent aux professionnels de santé une nouvelle manière d’aborder le désir.

Référence

Peragine, D. E., Impett, E. A., & VanderLaan, D. P. (2026). Least Equal When Most Teachable: The Biodevelopmental Learning Opportunities and Outcomes Model of Gender Differences in Sexuality. Personality and Social Psychology Review. https://doi.org/10.1177/10888683251391836

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