The Press Junction.
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12 mai 2026

Pourquoi des tonnes de fruits pourrissent dans les champs en Israël

©Rajendra Biswal via Unsplash

La crise qui affecte les exportations agricoles israéliennes est sans précédent. Selon les témoignages recueillis par la chaîne publique israélienne Kan 11, les producteurs d'agrumes et de mangues sont confrontés à des pertes dévastatrices, les commandes en provenance d'Europe et d'Asie étant quasiment inexistantes.

"Nous sommes déficitaires depuis le début de la guerre", explique Nitzan Weisberg, qui gère les plantations du kibboutz Givat Haim Ichud. Ses vergers risquent d'être définitivement arrachés, malgré la qualité du produit, les fruits israéliens étant devenus des produits indésirables sur les marchés internationaux.

Daniel Klusky, secrétaire général de l'Organisation des producteurs d'agrumes israéliens, confirme l'arrêt total : "Avant le conflit, nous exportions même vers la Scandinavie. Aujourd'hui, pas un seul conteneur n'est parti."

La mangue : un cas révélateur

Dans le nord du pays, la situation est particulièrement critique. Moti Almoz, un agriculteur de la région, a vu 25 % de sa récolte pourrir sur le sol : "Ils ne veulent pas de nos mangues. En Europe, ils ne nous contactent que lorsqu'il y a une pénurie quelque part... Dès qu'ils ont une alternative, ils évitent de s'approvisionner chez nous."

Robert Amrosi, producteur expérimenté du Moshav Migdal, a laissé plus de 100 tonnes de fruits suspendus aux arbres : "Les récolter me coûterait plus cher que ce que je peux gagner en les vendant". (...) Un autre producteur parle de 700 des 1 200 tonnes de fruits produites qui restent sur les arbres ou pourrissent sur le sol : "C'est une crise sans précédent dans notre histoire".

Comment en est-on arrivé là ?

Le boycott en faveur de Ga.za et les autres causes de la crise

Le boycott international des produits agricoles israéliens en lien avec ce qui se passe à Ga.za est sans aucun doute le facteur principal ayant entrainé l'effondrement de la demande sur les marchés mondiaux. Au niveau international, les fruits israéliens ne passent plus inaperçus : de plus en plus de consommateurs décident de ne pas les acheter par geste moral et en signe de solidarité avec une population victime d'un génocide. Ce boycott concret et organisé a mis en évidence l'impact que peut avoir la pression citoyenne sur la dynamique économique de tout un secteur.

Par ailleurs, le blocus de la mer Rouge par les Houthis yéménites a contraint les compagnies maritimes à emprunter des routes plus longues et plus coûteuses, augmentant les temps de transport et compliquant l'accès aux marchés asiatiques. (...)

À ces difficultés logistiques s'ajoute la crise climatique : des périodes de chaleur extrême, avec des températures atteignant presque 50°C, ont accéléré le mûrissement des fruits, les faisant tomber prématurément des arbres et entraînant la perte de récoltes entières. En résumé, la combinaison des boycotts, des problèmes de transport et du changement climatique a créé un effet domino et transformé une chaîne agroalimentaire autrefois solide et mondialement reconnue en un secteur au bord de l'effondrement.

Une économie à genoux

La crise agricole israélienne s'inscrit dans un contexte économique plus large : les données gouvernementales font état d'une baisse de 26 % de l'activité économique au cours du dernier trimestre 2023. Des secteurs tels que la technologie et l'investissement sont également en difficulté, les investisseurs étrangers étant de plus en plus réticents à coopérer avec un État au centre d'une controverse internationale.

Le seul marché d'exportation restant semble être la Russie, dans ce que les médias locaux ont ironiquement décrit comme "l'alliance des boycottés".

Les agriculteurs sont bien conscients de la gravité de la situation et demandent d'urgence l'intervention du gouvernement. Il est à craindre qu'Israël n'ait bientôt plus aucune exportation agricole.

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