Traité nucléaire: les États-Unis deviennent les "méchants" après l'échec de l'accord avec la Russie
Le dernier traité limitant la production d'armes atomiques entre la Russie et les États-Unis a pris fin, ce qui signifie qu'il n'y a désormais plus aucune restriction.
Donald Trump ayant décliné l'invitation de Vladimir Poutine, le dernier traité limitant l'accumulation d'armes nucléaires par les États-Unis et la Russie a expiré le 5 février. Désormais et pour la première fois depuis plus de 50 ans, les deux plus grands arsenaux atomiques du monde ne possèdent plus aucun plafond.
En septembre dernier, le président russe avait proposé de prolonger officieusement le traité de réduction des armes stratégiques (New START), vieux de 16 ans, pour une année supplémentaire. Proposition à laquelle son homologue américain n'a pas répondu. “S'il expire, il expire... nous conclurons simplement un meilleur accord”, avait indiqué Donald Trump à propos du traité.
Deux puissances sans limites
“Tout reposait sur une poignée de main politique, ce qui, je pensais, serait une victoire diplomatique facile pour Trump, car il parle d'être le négociateur de la paix”, a déclaré Rose Gottemoeller, ancienne secrétaire générale adjointe de l'OTAN et négociatrice en chef américaine du traité en 2010. “Cela se transforme en victoire diplomatique pour Vladimir Poutine”, a-t-elle déclaré à Newsweek.
… “ce seront les États-Unis qui seront les méchants. Cela va à l'encontre des intérêts déclarés du président en matière de contrôle nucléaire.”
Une situation qui “devrait alarmer tout le monde”, a averti l'ancien dirigeant russe Dmitri Medvedev. Considéré comme le “rottweiler” de Poutine contre l'Occident, Dmitri Medvedev n'est pas étranger à la diffusion de menaces d'Armageddon, il a d’ailleurs déclaré que l'expiration du traité accélérerait l'horloge de l'Apocalypse, un point également confirmé par son créateur, le Science and Security Board du Bulletin of the Atomic Scientists.
M. Medvedev avait signé le traité en 2010 avec le président américain de l'époque, Barack Obama ; une période marquée par des relations plus positives entre les États-Unis et la Russie, avec plusieurs tentatives de réinitialisation en cours. (...)
Selon un responsable de la Maison-Blanche, interrogé par Newsweek, le président américain : “décidera de la voie à suivre en matière de contrôle des armes nucléaires, qu'il clarifiera selon son propre calendrier.” (...)
La menace nucléaire de la Chine
Par ailleurs, la Maison-Blanche a précisé que Donald Trump avait parlé "à plusieurs reprises de s'attaquer à la menace que les armes nucléaires font peser sur le monde et a indiqué qu'il souhaitait maintenir des limites sur les armes nucléaires et impliquer la Chine dans des discussions sur le contrôle des armements."
Les ogives de Pékin sont désormais au nombre de 600, augmentant d'environ 100 par an. "Les Chinois ont encore un long chemin à parcourir pour rattraper les États-Unis en nombre d'ogives", a déclaré Rose Gottemoeller, désormais chercheuse à la Hoover Institution. "Néanmoins, tout le monde est très préoccupé par la modernisation nucléaire rapide de la Chine."
Dans une relation imprévisible, le traité New START avait apporté un certain niveau de transparence et de prévisibilité entre la Russie et les États-Unis, et avait également établi un exemple mondial de coopération. "Nous allons nous en passer maintenant", a déclaré Matt Korda du Nuclear Information Project à la Federation of American Scientists.
Et d’ajouter que si les États-Unis voulaient que la Chine participe au contrôle des armements, ils devaient lui fournir une incitation à participer. "La Chine n'a pas besoin de participer au contrôle des armements car, de son point de vue, le temps joue en sa faveur."
Le 4 février, c’est d’ailleurs ce qu’a confirmé Pékin soutenant qu'il était "ni juste ni raisonnable" de demander au pays de signer des restrictions alors que "la puissance nucléaire de la Chine n'est en aucun cas au même niveau que celle des États-Unis".
Selon Matt Korda, Pékin voudrait une contrepartie à un accord nucléaire, comme la réduction des défenses antimissiles américaines, ainsi que la prise en compte des armes spatiales et du projet Golden Dome de Donald Trump. (...)
Après l'expiration du traité jeudi, chaque partie pourrait, en théorie, augmenter son nombre de missiles et déployer plus d'ogives stratégiques. Il existe cependant de nombreux défis techniques et logistiques, les experts ne s'attendant pas à ce que ce déploiement se produise immédiatement.
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(©Newsweek 2026/Managing editor : Sarah Lavigne - The Press Junction/Picture : Steven Abraham via Unsplash)
