The Press Junction.
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12 mai 2026

Trump démantèle la politique climatique américaine

©Unsplash

L'administration Trump vient de faire tomber le pilier de la réglementation climatique américaine, en supprimant l'évaluation scientifique qui reconnaît les gaz à effet de serre comme un risque pour la santé publique et en mettant fin aux normes fédérales sur les émissions des voitures et des camions. 

Cette décision marque le plus profond recul environnemental de l'histoire récente des États-Unis et rouvre officiellement la saison de la déréglementation énergétique, c'est-à-dire la réduction drastique des contraintes publiques sur la production, la consommation et les impacts environnementaux du pétrole, du gaz et du charbon.

Cette mesure, annoncée à Washington en collaboration avec les dirigeants de l'Agence pour la protection de l'environnement (EPA), supprime la "endangerment finding", la base juridique introduite en 2009 qui avait permis au gouvernement fédéral de limiter les émissions ayant un impact sur le climat en vertu du Clean Air Act, la loi fédérale historique qui régit la protection de la qualité de l'air aux États-Unis. Pour Donald Trump, il s'agit de la "plus grande opération de déréglementation jamais réalisée", un tournant qui, selon les intentions de la Maison Blanche, devrait alléger les coûts pour les entreprises et les consommateurs, mais qui, selon de nombreux analystes, risque de transférer des charges bien plus importantes à moyen terme sur le système de santé, les familles et les territoires.

Selon l'EPA, l'évaluation du danger climatique reposait sur une interprétation extensive des lois sur la qualité de l'air, conçues pour lutter contre les polluants locaux et régionaux, et non contre un phénomène mondial tel que le réchauffement climatique. Une interprétation qui renverse quinze ans de jurisprudence et de politiques publiques et qui, de fait, réduit la capacité de l'État fédéral à intervenir sur l'un des principaux facteurs de risque systémique du XXIe siècle.

Cette décision a un impact immédiat sur l'un des secteurs les plus importants du point de vue climatique. Les transports et l'énergie, chacun responsable d'environ un quart des émissions nationales, sortent désormais d'un cadre réglementaire qui visait une réduction progressive de l'empreinte carbone, dans le but d'accélérer la transition vers la mobilité électrique et les sources renouvelables. Ce changement de cap intervient alors que des événements extrêmes, tels que des incendies, des vagues de chaleur et des inondations, mettent déjà à rude épreuve les infrastructures, les systèmes de santé et les budgets publics de nombreux États.

Le monde de la production réagit de manière hétérogène. Les principaux constructeurs automobiles, bien que critiques à l'égard d'objectifs jugés difficiles à atteindre à court terme, craignent désormais une fragmentation réglementaire entre les différents États et une longue période d'incertitude juridique. 

L'enthousiasme de l'industrie charbonnière est plus marqué, car elle entrevoit la possibilité de ralentir la fermeture des centrales les plus anciennes et de reporter les investissements dans de nouvelles capacités de production, prolongeant ainsi le cycle de vie des sources les plus polluantes.

Selon les estimations de l'administration, l'abrogation de ces règles pourrait générer jusqu'à 1 300 milliards de dollars (env. 1096 milliards d'euros)d'économies. Les écologistes ont toutefois une opinion contraire, rappelant que la politique climatique précédente promettait des avantages économiques nets pour les citoyens grâce à la réduction des coûts de carburant et d'entretien, et surtout des dépenses de santé liées à la pollution atmosphérique.

Les organisations environnementales ont annoncé des recours immédiats, convaincues que l'autorité de l'EPA pour intervenir sur les gaz à effet de serre reste solide d'un point de vue juridique. La bataille juridique pourrait durer des années et aller jusqu'à la Cour suprême, rouvrant un front déjà exploré dans le passé, lorsque les juges fédéraux ont reconnu le droit et le devoir de l'agence de réglementer les émissions ayant un impact sur le climat.

Les experts avertissent que la suppression de l'évaluation des risques risque d'avoir un effet boomerang, favorisant une multiplication des poursuites civiles fondées sur le concept de "nuisance publique", avec des conséquences imprévisibles pour les entreprises et les administrations locales.

Pendant ce temps, les États-Unis s'éloignent encore davantage des efforts internationaux contre le réchauffement climatique après le retrait de l'accord de Paris et l'arrêt des incitations en faveur des énergies propres. Le revirement de Washington n'est pas seulement un changement de cap national : dans un système climatique interconnecté, le retour à l'Amérique fossile pèse sur l'équilibre mondial et rend encore plus fragile la course contre la montre pour limiter la hausse des températures.

 

 

 

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