De nouvelles réalités démographiques vont mettre à rude épreuve les dépenses publiques, alors même que les membres de l'OTAN augmentent leurs budgets de défense.
En 2025, le nombre de naissances en Turquie a, une nouvelle fois, baissé. Le déclin se poursuit donc et place la population la plus jeune de l'OTAN sur une trajectoire que le président Recep Tayyip Erdoğan a qualifiée de "catastrophe démographique".
Pendant des décennies, ce pays de 85 millions d'habitants, puissance militaire montante, affichait le taux de fécondité total (TFT) le plus élevé du bloc. En 2016, il était de 2,1 enfants par femme, le niveau nécessaire pour maintenir naturellement une population. Fin de l'année dernière, l'Institut turc des statistiques a rapporté qu'il était tombé à 1,48, une chute alimentée par la récession économique prolongée, l’augmentation du coût de la vie ainsi que de l'évolution des normes sociales chez les jeunes.
(...) De nombreux États membres de l'OTAN sont à un stade encore plus avancé de transition démographique, ce qui aura des effets considérables sur la société dans les décennies à venir ; faisant grimper les dépenses de retraites, de santé et autres dépenses publiques tout en mettant la pression sur les budgets de la défense.
Un équilibre difficile
Le vieillissement des sociétés aggrave le problème, les personnes âgées de 65 ans et plus représentant 21,6 % de la population de l'Union européenne en 2024, selon Eurostat. Les technologies d'économie de main-d'œuvre comme l'intelligence artificielle, la robotique et l'automatisation devraient cependant compenser une partie du manque à mesure que les populations vieillissent et que les forces armées rétrécissent.
Mais…, la capacité des gouvernements démocratiques à investir dans ces technologies a une limite.
"La Russie et la Chine peuvent se permettre des dépenses disproportionnées pour la défense parce qu'elles rognent sur leurs budgets de protection sociale et de retraites", a déclaré Christian Leuprecht, professeur au Collège militaire royal du Canada et à l'Université Queen's, à Newsweek. "Une augmentation majeure des dépenses de défense dans des sociétés vieillissantes obligerait les politiciens des démocraties à faire des arbitrages politiquement trop douloureux."
Un défi démographique qui survient alors même que les gouvernements européens font face à des pressions inédites depuis la fin de la Guerre froide pour renforcer leurs capacités de défense, la guerre en Ukraine ayant exposé plusieurs vulnérabilités. Les tensions renouvelées au Moyen-Orient et ailleurs ont accentué l’urgence de la situation.
Après une pression soutenue du président américain Donald Trump, les 32 membres de l'OTAN ont convenu l'année dernière d'engager 5 % de leur PIB dans les dépenses de défense d'ici 2035.
Les mutations démographiques devraient également influencer la manière dont l'innovation progresse. Alors que les gouvernements orientent davantage de ressources publiques vers les retraites et la santé, les industries de la défense peineront à attirer les meilleurs talents et auront de plus en plus besoin d'externaliser l'innovation technologique vers le secteur privé, a indiqué Christian Leuprecht. Et d'ajouter : "Mais la démographie n'est jamais un destin". Ce n'est qu'un facteur déterminant parmi d'autres, y compris la productivité, l'innovation, les prix de l'énergie et la croissance économique.
Masse contre classe
La capacité à augmenter la production est un autre facteur clé.
"C'est aussi l'avantage des États-Unis : l'effet d’échelle dans l'économie et la production de défense. En conséquence, l'équipement américain a tendance à être moins cher et plus à la pointe que celui des alliés", a précisé l’expert qui estime qu’un équilibre entre "masse et classe" – entre la main-d'œuvre humaine et la qualité de la technologie et des recrues – est essentiel. "L'Ukraine est l'une des sociétés démographiquement les plus âgées d'Europe, pourtant elle est à la pointe du cycle d'innovation militaire".
Dans un rapport de 2024, le Center for Strategic and International Studies, un groupe de réflexion de Washington, a déclaré qu’une combinaison de réponses politiques pourrait être essentielle pour maintenir les armées des États membres en pleine capacité opérationnelle, se traduisant par des investissements dans l'IA et autres technologies avancées ainsi que des programmes de perfectionnement pour prolonger la carrière des militaires plus âgés.
Avec le temps, les politiques de soins de santé préventifs peuvent prolonger les années d'activité des personnes et réduire les dépenses liées au traitement des maladies chroniques, maximisant ainsi la productivité économique à mesure que les populations vieillissent.
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(©Newsweek 2026/Managing editor : Sarah Lavigne - The Press Junction/Picture : Rafael AS Martins via Unsplash)
