Une explosion du champ gazier de South Pars pourrait avoir des conséquences catastrophiques
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Le président américain a proféré une menace visant ce gisement, qui couvre 20 % de la demande mondiale de gaz naturel liquéfié
La menace brandie par Donald Trump de faire exploser le plus grand champ gazier du monde fait craindre qu’un tel geste n’entraîne une escalade régionale et n’ajoute un surcroît de turbulences sur les marchés de l’énergie.
Dans la première frappe ciblée contre des infrastructures énergétiques depuis le début de la guerre avec l’Iran, Israël a attaqué mercredi le champ gazier iranien de South Pars. Les médias iraniens ont fait état d’incendies touchant des installations liées au site, près d’Asaluyeh, sur la côte iranienne du Golfe. L’Iran a riposté par des attaques dans toute la région, notamment contre le Qatar.
Trump a ensuite publié sur Truth Social un avertissement à l’adresse de Téhéran, affirmant que si l’Iran poursuivait ses représailles, les États‑Unis, "avec ou sans le consentement d’Israël, feront massivement exploser l’intégralité du champ gazier de South Pars".
La guerre avec l’Iran a déjà porté un rude coup énergétique à l’économie mondiale en interrompant la plupart des exportations de pétrole brut et de gaz naturel liquéfié transitant par le détroit d’Ormuz. Alors que les prix de l’énergie étaient déjà extrêmement volatils en raison de l’opération Furie épique, les déclarations de Trump n’ont rien fait pour calmer les marchés : les prix mondiaux du pétrole et du gaz ont bondi, sur fond de crainte de nouvelles représailles iraniennes visant les infrastructures énergétiques du Golfe.
L’Iran et le Qatar se partagent ce champ gazier, appelé South Pars côté iranien et North Field côté qatari. Ras Laffan, au Qatar, qui abrite le plus grand terminal d’exportation de GNL au monde, a été largement endommagé par des missiles balistiques iraniens lors de la riposte de Téhéran, a indiqué QatarEnergy, le groupe public qatari.
Andreas Schroeder, responsable de l’analyse énergétique chez ICIS (Independent Commodity Intelligence Service), a déclaré jeudi à Newsweek que ces attaques marquaient l’ouverture potentielle d’une nouvelle phase du conflit, avec un impact concret sur les infrastructures énergétiques, qui prolongera inévitablement la durée des perturbations sur le marché du GNL.
Selon lui, on considère désormais que les exportations de GNL du Qatar seront interrompues pendant au moins trois mois, contre une estimation précédente de six semaines.
"Étant donné ce nouveau niveau d’incertitude extrême qui plane sur le marché mondial du gaz, nous avons également modélisé une durée plus longue de la perte de GNL qatari, avec deux scénarios supplémentaires : une interruption totale de six mois et une interruption de douze mois", a‑t‑il expliqué.
Après les dégâts déjà subis à Ras Laffan, le Qatar se prépare à d’éventuelles nouvelles frappes iraniennes susceptibles de menacer des exportations annuelles d’environ 77 millions de tonnes de GNL vers l’Europe et l’Asie. Une nouvelle escalade, ajoutée aux frappes américaines sur l’île de Kharg et à la quasi‑fermeture du détroit d’Ormuz, pourrait aggraver les effets en cascade sur les chaînes d’approvisionnement énergétique en Asie et en Europe.
Cette situation pourrait, en outre, faire le jeu de Moscou. L’assouplissement des sanctions imposées après l’invasion de l’Ukraine par le président russe Vladimir Poutine a entraîné une hausse de la demande de pétrole et de gaz russes, renflouant les caisses du Kremlin.
South Pars fournit environ 70 % du gaz consommé en Iran, tandis que, côté qatari, il est à l’origine d’environ 20 % de l’approvisionnement mondial en GNL, principalement à destination de l’Europe et de l’Asie via Ras Laffan. Des frappes ordonnées par Trump contre ce réservoir partagé par le Qatar et l’Iran pourraient accentuer la volatilité sur les marchés de l’énergie, notamment si elles étaient suivies de représailles iraniennes visant d’autres installations régionales.
En raison des sanctions, le GNL issu de South Pars n’est pas exporté, mais la perspective de frappes américaines aggraverait les pénuries de gaz auxquelles est confrontée la République islamique. Celles‑ci ont provoqué l’an dernier des coupures d’électricité, pour un coût d’environ 250 millions de dollars par jour, selon la Chambre de commerce iranienne.
Gregg Roman, directeur exécutif du Middle East Forum, a déclaré que les actifs militaires de l’Iran, sa direction politique et les ressources finançant les infrastructures des Gardiens de la révolution islamique constituaient des cibles militaires justifiables, mais qu’une partie de ces mêmes actifs serviraient aussi à financer un futur gouvernement iranien non contrôlé par le CGRI.
"Si vous vous attaquez aux actifs énergétiques nationaux et aux infrastructures nationales, vous prenez le risque de perdre une partie de la population iranienne qui dira : "Voilà, nos actifs énergétiques nationaux sont partis en fumée, comment allons‑nous financer quoi que ce soit désormais ?" », a‑t‑il estimé.
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