The Press Junction.
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12 mai 2026

Des pigeons utilisés comme drones en Russie: un progrès technologique, vraiment?

©Vivek Doshi via Unsplash

La frontière entre biologie et technologie commence à s’estomper. En Russie, la startup Neiry Group vient de lancer une expérience visant à transformer des pigeons en biodrones : équipés de puces cérébrales et de dispositifs électroniques, ils sont capables de contrôler leur vol. 

Un projet qui, selon l'entreprise, pourrait ouvrir de nouvelles possibilités dans la surveillance environnementale, les opérations de sauvetage et les inspections industrielles, mais qui soulève des questions scientifiques et éthiques impossibles à ignorer.

Le programme, baptisé PJN-1, a déjà achevé une première phase de tests en conditions réelles. Les oiseaux sont équipés d'électrodes implantées dans le cerveau, reliées à un petit sac à dos technologique contenant un contrôleur, des panneaux solaires, un GPS et une caméra vidéo. Grâce à de légères stimulations électriques de zones cérébrales spécifiques, le système incite l'animal à privilégier certaines directions, tout en lui permettant de conserver un comportement naturel. Neiry affirme que, grâce à cette combinaison, les biodrones peuvent parcourir jusqu'à 400 kilomètres par jour sans s'arrêter, dépassant ainsi les limites d'autonomie des drones traditionnels.

De la recherche aux essais sur le terrain

Selon les déclarations de l'entreprise, les tests ont été menés en Russie et dans d'autres pays de la Communauté des États indépendants afin d’évaluer la stabilité du vol, l'autonomie, la qualité de la transmission des données et la résistance de l'équipement. L'objectif est d'utiliser les biodrones là où les aéronefs mécaniques rencontrent des difficultés opérationnelles, comme la surveillance de zones reculées, l'inspection d'infrastructures à grande échelle et la conduite de missions de recherche et de sauvetage en environnements hostiles.

Dans un communiqué de presse publié en décembre, Neiry indique que le système est "prêt pour un usage réel". Par ailleurs, la start-up souligne que des marchés se montrent déjà intéressés dans des pays tels que le Brésil et l'Inde, notamment dans les secteurs agricole, énergétique et de la protection civile. C'est un discours fortement axé sur le développement commercial, qui ne semble cependant pas étayé par des publications scientifiques indépendantes capables de certifier la fiabilité réelle du contrôle neuronal dans des scénarios complexes.

Les points de blocage

Des expériences similaires menées par le passé sur des oiseaux et d'autres animaux ont montré que la stimulation neuronale ne permet, au mieux, qu’un guidage grossier et approximatif, sans garanties de manœuvres précises ou d’adaptation dynamique aux conditions environnementales. En l'absence de données publiques sur les taux d'erreur, sur la précision de navigation et la stabilité opérationnelle, il reste difficile d'évaluer dans quelle mesure les biodrones peuvent véritablement rivaliser avec les drones conventionnels, qui offrent une prévisibilité bien supérieure et un meilleur contrôle.

Le dilemme éthique

Au-delà de l’aspect technique, le projet soulève de profondes questions éthiques. L'utilisation d'animaux comme plateformes technologiques est critiquée par de nombreux bioéthiciens, qui dénoncent une instrumentalisation extrême des êtres vivants et une frontière toujours plus poreuse entre expérimentation et exploitation. Neiry, de son côté, affirme que les pigeons sont soignés par du personnel dédié et que les caméras installées sur les biodrones filtrent les détails identifiables afin de se conformer aux réglementations sur la vie privée. Des mesures qui ne semblent pas suffire à dissiper les doutes.

Pour rendre le tableau encore plus complexe, s’ajoutent les déclarations publiques du fondateur Alexander Panov, qui a évoqué à plusieurs reprises les neurotechnologies comme outil pour "re-câbler" les gens et renforcer la supériorité culturelle. 

De tels propos ont alimenté les craintes quant à de potentielles applications militaires et de surveillance, dans un contexte géopolitique déjà marqué par l'invasion et la guerre en Ukraine et par une concurrence technologique mondiale croissante.

Source : startup Neiry

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